Je t'aime




Ce fut long, difficile et triste
De te révéler ma tendresse ;
La voix s’élance et puis résiste,
La fierté succombe et se blesse.
Je ne sais vraiment pas comment
J’ai pu t’avouer mon amour ;
J’ai craint l’ombre et l’étonnement
De ton bel œil couleur du jour.
Je t’ai porté cette nouvelle !
Je t’ai tout dit ! je m’y résigne ;
Et tout de même, comme un cygne,
Je mets ma tête sous mon aile…
Comprends que je déraisonne,
Que mon cœur, avec effroi,
Dans tout l’espace tâtonne
Sans se plaire en nul endroit…
Je n’ai besoin que de toi
Qui n’as besoin de personne !
Je voudrais bien qu’on départage
Le double vœu qui me combat :
Je souhaite ne vivre pas,
Mais je veux revoir ton visage !
Certes, la mort est le seul lieu
Qui convienne à ce corps trop triste,
Mais il faut encore que j’existe :
Je ne peux pas quitter tes yeux !
L’espace, le ciel, la nature
Me plaise moins que le tombeau ;
Je n’aime plus nulle aventure,
Mais savoir que tu vis est beau !
Savoir que tu vis, être sûre
D’être seule à le savoir tant !
Dois-je te faire la blessure
De te rendre moins existant ?
Qui veux-tu qui jamais respire
Ton être avec tant de grandeur ?
— Et songe que tu me fais peur,
À moi, la meilleure et la pire !…
Je t'aime.

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